japon, impossible voyage

5/22/08

 

Temples et jardins


Tu trembles comme un enfant

De l’affront et la démesure

Dans les jupes des temples

les écoliers mal-élevés

Ne sauront jamais

Qu’ils piétinent ainsi

Les orteils des siècles


Sous un buisson impassible un jardinier allongé de tout son long, tête plongée de vert, semble mort ou endormi ; seul un frémissement de son omoplate me dit qu’il arrache une à une les mauvaises herbes cachées sous les racines. Murder in a Kyoto temple, me dicte mon esprit impertinent.


J’ai mal aux arbres recroquevillés sur l’âge, dans les veines desquels du béton coulé fait acte d’immortalité.


Enigmes feuillues, questions amputées avant de surgir. Les lieux intérieurs ne se dévoilent pas à l’étranger lourd de son corps et de sa pensée mortelle.


Envie d’entendre, de sentir frémir dans mon corps la voix enfouie. Les sons anciens, tonalités escarpées, le legs des morts à nos consciences menacées. Mais il y a trop de monde, trop de bruit pour qu’ils puissent me parler. Je tends l’oreille. Sous l’oeil d’impassibles Buddhas, je goûte à l’instant d’amère concentration du thé vert. Des plaquettes de bois claquent, rythmant les voeux des visiteurs.


Un instant, il me semble entendre, malgré la foule, une musique lointaine au pied de la montagne. Quelques notes, hautes, basses, instrument inconnu, plaintif, qui sied à ce lieu ombreux, aux tombeaux creusés à même la chair du Kamakura. Le temps a effacé le visage des statues. C’est là, dans ce recueillement noir, dans l’obscurité de pierre, que j’entends cette musique. Il semblerait que je sois seule à l’entendre.


Ailleurs, autre jardin: sens, dit Odile, l’odeur unique de ces arbres à crête vert pâle que j’appelle les chênes verts. Je respire, sensible aux variations des senteurs. Elle sourit, taquine. N’est-ce pas une odeur organique, comme humaine? demande-t-elle. D’un seul coup, je comprends. Elle parle de l’odeur du sperme. Cela ne dure qu’une semaine ou deux, poursuit-elle, mais lorsque je passe dans le parc où ils poussent en rangs, je dois courir pour ne pas être étourdie par cette odeur. J’imagine Odile, courant, légère, poursuivie par les arbres en rut.


Certaines femmes parlent en gémissant

comme si dans chaque mot se recroquevillait

une interminable douleur



 
 
 
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